Zahia Ziouani : la musique sans frontières

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Zahia Ziouani : la musique sans frontières

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La Rampe - La Ponatière
Publié le 6 avril 2017
Modifié le 26 juillet 2017
Résumé actualité
La fondatrice et des musiciens de l’Orchestre symphonique Divertimento ont animé des master classes et dialogué avec des publics divers dans le cadre de leur résidence à Echirolles. Rencontre avec une cheffe hors norme, citoyenne. En attendant le concert “D’une rive à l’autre… hommage à la Méditerranée”, le jeudi 4 mai, à 20 h, à La Rampe.
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Portrait de Zahia Ziouani
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Zahia Ziouani : “Nous jouons la pensée des auteurs, cette humilité sert la musique et non notre ego.”
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Lors d’une première rencontre en octobre 2016, la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani avait captivé le public. En résidence cette saison à La Rampe avec sa formation, elle avait évoqué son parcours atypique, sa double culture franco-algérienne, sa conception engagée de la direction, sa sensibilité à l’accès du plus grand nombre à la culture. “L’orchestre permet la rencontre à défaut de vivre ensemble.” A l’évidence, la musique ne résout pas tout, ni n’adoucit forcément les mœurs. Mais elle relie.

Quel sens donnez-vous au programme que vous jouerez début mai, à La Rampe ?

“Je souhaite faire entendre comment la musique classique, symphonique, fait partie de notre patrimoine et d’une culture qui s’est nourrie de rencontres avec d’autres cultures. Beaucoup de compositeurs symphoniques européens se sont inspirés de musiques populaires et traditionnelles, régionales, françaises, mais aussi de l’Espagne, d’Afrique du Nord, du pourtour méditerranéen en général, des Balkans, de Turquie. “Carmen” ou ”L’Arlésienne” de Bizet, parmi les œuvres les plus jouées au monde, illustrent cette confluence entre des cultures. Pour écrire la fameuse “Bacchanale” de l’acte 3 de son opéra “Samson et Dalila”, Camille Saint-Saëns s’est inspiré de la musique classique arabe et algérienne.
Inversement, nous montrons comment des musiques traditionnelles et populaires, plutôt transmises par voie orale, ont été retravaillées et orchestrées pour pouvoir être jouées avec un grand ensemble, sous un regard symphonique. Le programme qui sera interprété à La Rampe révèle à la fois ce métissage et le visage de compositeurs contemporains qui ont une créativité très intéressante, comme Salim Dada, qui mélange très bien le langage contemporain et les influences de sa culture algérienne.”

La musique transmet la diversité à nos sociétés, à tout un chacun dans la vie quotidienne…

“La démarche artistique que je défends se nourrit de ma double culture. La rencontre entre les peuples, entre les cultures, ne doit pas être une source d’inquiétude. C’est une grande source de richesse qui produit des œuvres artistiques magnifiques traversant les siècles. La musique classique est une culture commune à partager, un espace qui peut fédérer des diversités sociales, culturelles, intergénérationnelles. L’Orchestre symphonique Divertimento que je dirige tente de relever cet enjeu, à un moment où on montre souvent notre société sous les formes d’un repli sur soi ou communautaires.”

Comment se sont imposés la musique et votre choix de la direction d’orchestre dans votre parcours artistique et culturel ?

“Mes parents étaient très curieux. J’ai grandi dans une famille où les arts et la culture avaient une place très importante. J’ai pu découvrir la musique, pratiquer un instrument, d’abord la guitare classique, puis l’alto puisque j’avais envie de jouer dans des orchestres.
Quand j’ai souhaité devenir cheffe d’orchestre, on m’a dit que ce n’était pas la place d’une femme, qu’il fallait que je me concentre sur d’autres projets professionnels et d’études. J’ai pris conscience que le fait d’être jeune, une femme, d’avoir une trajectoire un peu atypique et de ne pas avoir de réseau, allait compliquer mon choix. J’ai eu la chance de rencontrer le grand chef Sergiù Celibidache qui m’a encouragée dans cette voie que je ne m’étais pas interdite malgré tout ! Mon parcours personnel, le fait d’avoir grandi dans des quartiers populaires en Seine-Saint-Denis, ma double culture, m’ont beaucoup aidée à réfléchir à ce projet. J’ai créé mes propres opportunités parce que j’avais le désir d’être une cheffe un peu différente, de montrer que cette musique ne génère pas de l’entre soi. J’ai construit l’Orchestre symphonique Divertimento dont nous fêterons les vingt ans en 2018.”

Est-ce plus facile aujourd’hui pour une femme de trouver sa place dans la direction d’orchestre ?

“C’est malheureusement aussi difficile que ça ne l’était à mes débuts. Il n’y a toujours pas de femme à la tête d’un orchestre national en France ! C’est vraiment délicat de pouvoir se positionner, sauf à fonder sa propre formation. Même si je ne masque jamais les difficultés aux jeunes filles que je rencontre, elles peuvent s’autoriser à se projeter en s’identifiant à mon parcours ou à celui d’autres cheffes d’orchestre en France aujourd’hui.”

Qu’est-ce qui vous anime dans la transmission, le développement d’actions pédagogiques ?

“J’apprécie de partager ma passion de la musique avec des publics variés. La musique, notamment classique, permet de grandes ouvertures sur le monde et procure de fortes émotions. C’est important de permettre à des jeunes en particulier de devenir de plus en plus curieux, de leur faciliter l’accès à des univers qu’ils ne connaissent ou ne fréquentent pas pour des tas de raisons. Les artistes, comme les institutions, doivent prendre cet enjeu à bras-le-corps. Je veux être présente dans la trajectoire de ces enfants, comme mes parents ont été présents dans la mienne.”

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Des musiciens de Divertimento dirigent des master classes au conservatoire Jean-Wiéner
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Votre éloquence a séduit le public lors d’une première rencontre, en octobre 2016, à La Rampe. Quel sens donnez-vous à l’usage de la parole ?

“Je le perçois surtout au travers des jeunes que je suis amenée à rencontrer. C’est primordial de s’exprimer, de porter une parole riche de sens, que les jeunes aient foi en la parole des adultes. C’est une question de respect, d’autant plus dans une société où l’on entend tout et n’importe quoi, où l’on confond la rigueur et l’excellence avec l’élitisme, voire l’autorité. Je pense que les jeunes attendent cette exigence à leur égard.”

Qu’avez-vous dit justement aux jeunes musiciens et musiciennes ou de l’association Sport dans la ville à Echirolles, en deux jours de rencontres, de master classes et de répétitions, au conservatoire de musique Jean-Wiéner entre autres ?

“J’ai rencontré des groupes très divers. Ceux au conservatoire ont déjà fait une partie du chemin vers la culture et ont approfondi des connaissances musicales. Pour d’autres, ce n’est pas forcément le cas, ils découvraient des instruments ou rencontraient un artiste pour la première fois. J’ai expliqué à tous mon parcours, ce que je fais. Pas simplement pour leur raconter ma vie, mais pour leur montrer comment on peut s’autoriser à rêver, à prendre des risques, parvenir à réaliser ses aspirations en prenant conscience de ses potentiels, du sens de l’effort et du travail, du dépassement de soi. Quand on s’investit à fond, on est rarement déçu. On peut l’être parfois, mais on ressent une grande part de satisfaction dans l’élaboration et l’évolution d’un projet. Mon message consiste à convaincre les jeunes de s’autoriser de grandes ambitions. Il faut trouver le bon dosage entre la bienveillance, l’exigence et le plaisir.

Propos recueillis par JFL

> Le programme de l’Orchestre symphonique Divertimento à La Rampe