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“Les gens d'à côté” s'invite à La Rampe

Thématique actu

“Les gens d'à côté” s'invite à La Rampe

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La Rampe - La Ponatière
Publié le 12 juin 2018
Modifié le 13 juin 2018
Résumé actualité
Après des mois d’écriture, d’ateliers et de répétitions, les participant-es au deuxième volet du triptyque “Vies Violences”, orchestré par la compagnie de danse Malka, sont entré-es dans les représentations. Son directeur Bouba Landrille Tchouda nous en parle. La tournée passe par La Rampe, ce jeudi 14 juin, à 19 h, avant de s’achever samedi 16 juin, à 20 h, au Théâtre municipal de Grenoble.
Paragraphs

Une dizaine de jours après la première de “Les gens d’à côté”, le danseur-chorégraphe Bouba Landrille Tchouda, directeur de la compagnie Malka, évoque ce projet artistique participatif réalisé avec quinze amateurs, avec le soutien des Villes d’Echirolles, Saint-Martin-d’Hères et Grenoble. Véritable exercice de maïeutique, ce spectacle “mobilise la créativité de chacun” et sonde la question de la violence dans un langage poétique, empruntant des formes multidisciplinaires. Il s’avère un apprentissage des capacités à se frotter à soi-même et aux autres, à affronter ses projets, ses désirs.

Dans quel état d’esprit est la troupe avant la représentation à La Rampe à Echirolles ?
“Tout le monde est plutôt gonflé à bloc depuis la première ! C’est assez impressionnant ce qui s’est joué dans ce projet avec des amateurs. Je suis fier de ce qu’on a fait, du parcours depuis plusieurs mois. Les participants ont accompli beaucoup d’explorations sur eux-mêmes. La perception de leur corps et l’image qu’ils avaient de leur capacité à être avec les autres ont changé. Je les trouve hyper sereins et pros, comme si nous étions dans une tournée déjà installée depuis plusieurs semaines. Tout le monde a hâte de poursuivre.

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Le danseur-chorégraphe Bouba Landrille Tchouda
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Le danseur-chorégraphe Bouba Landrille Tchouda, direteur de la compagnie de danse Malka.

Cette pièce nous a beaucoup appris des uns et des autres, c’est juste super car cela n’a pas été simple tout le temps. Il y a eu de nombreux questionnements, de multiples hésitations, recherches et improvisations, des matières auxquelles on a dû renoncer. Avec mes assistantes, Lily Gauthier et Audrey Nion, on s’est demandé à plusieurs reprises si l’on n’avait pas placé la barre trop haut. Pourrions-nous aller jusqu’au bout de ce que les participants nous offraient à explorer, dans ce que nous avons tenté d’ouvrir ensemble ? Allions-nous être capables de tenir nos exigences ? On a réussi à les embarquer dans un processus de production d’un projet collectif, à plusieurs têtes, à plusieurs mains… On les a pris à un endroit pour les amener à un autre endroit… C’est enthousiasmant !”

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L'ensemble des participant-es
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Les participant-es au complet.

Que raconte cette pièce ?
“Elle raconte ce que relatent en réalité la plupart de mes spectacles, c’est-à-dire une forme de friction, de frottement entre les personnes, que certains appellent violence, une forme de regard porté sur l’autre dans son entièreté, ses forces et faiblesses confrontées à celles de chacune et chacun. Le triptyque “Vies Violences” parle de notre besoin ou de notre envie des conditions que nous pouvons mettre en jeu pour être ou se sentir mieux avec les autres. Comment peut-on être ensemble même dans les moments ou des contextes difficiles ? C’est un peu l’ADN de Malka.”

Comment avez-vous choisi les interprètes ?
“Je ne les ai pas choisis au sens que je n’ai pas fait d’audition. J’avais bien sûr une certaine idée du travail intérieur et des exercices que j’allais mettre en place pour les accompagner dans un univers mental, sensoriel, sur la thématique de la violence et parvenir à la transposer en acte artistique et poétique. Mais j’étais bien incapable, jusqu’à pratiquement la veille de la générale, de dire à quoi allait ressembler ce spectacle qui procure tant d’émotions, qui nous a bousculés et nous renvoie à nos limites, nos vulnérabilités, à ce qui nous retient, nous agace, ou nous bouleverse. Je me suis dit parfois que nous allions terminer à deux personnes sur scène ! D’autant que nous n’avons pas cherché à gommer les aspérités, les singularités, les différents niveaux techniques. Sans jugement, nous avons fait en sorte de les transposer en propositions, en possibles ! C’était important d’être à cet endroit-là, la part de densité et de gravité de chacun et chacune.
Ce n’est pas évident de prendre conscience de ses potentiels, de sa danse en l’occurrence, donc de son corps, de devenir le producteur de ses propres mouvements, de développer une harmonie sans s’oublier dans le groupe. En fait, petit à petit, en les observant et les écoutant, j’ai découvert des solistes qui ont créé des espaces et un langage poétiques. Il y a eu beaucoup d’engagement et de bienveillance.”

Vous parlez d’exemplarité, de processus expérimental de création. Le troisième volet sera-t-il du même fil ?
“Ce projet est expérimental parce que je ne peux pas en parler comme si c’était un projet structuré d’avance. Nous avons fait à partir des personnes présentes, en essayant d’intervenir le moins possible et de prendre en compte continuellement leurs avis et propositions. Par exemple, le choix des costumes était libre, ce que je ne fais pas avec des danseurs professionnels. La volonté de ne pas tout contrôler et de ne pas imposer trop de directions, de respecter la distance et l’esprit critique de chaque participant, a également à voir avec l’altérité, l’acceptation de l’autre. J’ai assumé cette part de risque, qui parfois déstabilise le chorégraphe que je suis. C’est pour cette raison que le projet est exemplaire pour notre compagnie.
Il est trop tôt pour parler du troisième volet du triptyque qui s’intitulera “AAA-autres ailleurs avec des amateurs” et sera réalisé au cours de la saison 2019-2020. Mais je peux dire qu’il traitera de francophonie, de francofolie, de francophobie, de la langue qui crée du lien, nous rassemble et peut tout autant nous diviser. En tout cas, ce projet prolongera le fil de l’expérimentation.”

JFL